Discours d’investiture de Son Excellence Le Président de la République libanaise Le Général Michel SLEIMAN
Mr le Président de la Chambre, Messieurs les députés,
J’aurai bien aimé que cette échéance soit inaugurée par des moments de joie, mais je suis certain que l’âme de nos martyrs qui sont au-delà, aux côtés du Seigneur, va louer notre silence. Cette échéance instaure une phase prometteuse pour les fils de la Patrie qui se redressent d’une glissade, grâce à la prise de conscience des citoyens refusant d’être victimes du fratricide, ainsi qu’au rôle des fidèles et des proches apaisant les séquelles résultant des événements douloureux tout en effaçant leurs répercussions.
Aujourd’hui, au moment où je prête le serment constitutionnel, je vous invite tous, parties politiques et citoyens, à entamer une nouvelle phase dont le titre serait le Liban et les Libanais, une phase où nous serions engagés en faveur d’un projet national fondé sur une mentalité avancée pour aboutir à l’intérêt de la nation qui prime nos intérêts sectaires et confessionnels ainsi que les intérêts des autres.
La stabilité politique tant désirée nous incite à activer le rôle des institutions constitutionnelles où les idées politiques et leurs divergences seront contenues afin d’aboutir à des facteurs communs assurant l’intérêt de la nation et celui de ses fils.
Le différend politique et ses problématiques constitutionnelles que nous avons eus devront nous motiver non seulement à trouver les solutions aux problèmes auxquels nous pourront faire face dans le futur, mais aussi à contrebalancer les compétences avec les responsabilités afin que les institutions, y compris la Présidence de la République puissent assumer leur rôle.
Le Liban, ce pays message, carrefour des civilisations, et havre du pluralisme, nous engage tous à se lancer dans la réforme politique, administrative, économique et sécuritaire, afin de lui rendre son rôle exemplaire et unique sur la scène internationale.
Le Liban a choisi de se conformer à l’accord de Taëf ; il est alors invité à préserver et à consolider ce choix émanant de la volonté nationale unie, volonté indispensable à immuniser toute décision politique. Le pacte national, analogue à La Constitution lie les Libanais ensemble grâce à leur volonté unifiante, et a fait preuve qu’il est au-dessus de toute autre volonté extérieure.
Nos relations extérieures demeurent plus efficaces et saines si elles se basent sur ce pacte, et par conséquent, elles préservent les intérêts du Liban, protègent sa particularité et lui permettent de récupérer son rôle efficace dans son entourage arabe ainsi qu’au niveau de la Communauté Internationale, vu que le Liban représente l’exemple vivant de la coexistence des cultures.
Messieurs les députés,
Le peuple nous a accordé sa confiance pour réaliser ses ambitions, non pour le tracasser par nos différends politiques. Probablement, le danger le plus menaçant qui a surgi lors des dernières années fut incarné par un discours politique fondé sur le langage de trahison et d’accusations mutuelles, ce qui a pavé la voie aux divergences et discordes, notamment parmi les jeunes. Il est nécessaire par la suite de réaliser ce fait et d’œuvrer à garder la nation et la coexistence à travers le dialogue, en évitant de transformer le pays en scène de conflits.
La qualité primordiale de la démocratie réside dans la rotation des pouvoirs et ce à travers des élections intègres. S’il est indispensable d’adopter une loi électorale qui assure une représentation saine, et consolide la relation entre le peuple et ses représentants, lui garantissant ses ambitions, l’important est d’accepter les résultats de ces élections et de respecter la volonté du peuple.
L’indépendance de l’autorité judiciaire établit la justice qui constitue un refuge dans un climat où toute personne ayant droit pourra avoir recours, et sert non seulement à trancher les litiges mais aussi à garantir l’ordre public de tous les services d’utilité publique. La justice c’est les mains propres et le pilier du pouvoir.
Le sens de la responsabilité nous incite à encourager la jeunesse à s’intégrer dans les institutions du secteur public pour empêcher sa caducité et aboutir à une administration plus jeune et plus compétente. En adoptant la bonne sélection et en activant les Organismes de Surveillance, le méritant sera récompensé, l’action du négligent sera rectifiée, et le corrompu sera écarté.
Messieurs,
Dissiper les craintes et les appréhensions de la jeunesse n’aura lieu qu’à travers l’ édification d’une patrie dont les jeunes seront fiers. Une patrie qui se redresse grâce aux capacités et aux expériences des jeunes qui participeront à la recherche des solutions pour les problèmes envisagés. Laissons ces jeunes nous guider vers la bonne voie, là où nous avons échoué, ces jeunes qui ont résisté à l’occupant et au terrorisme et qui se sont soulevés pour l’Indépendance ; les jeunes épuisés par les blessures qui les ont rendus plus forts, certains d’eux devenus handicapés furent l’offrande de la patrie. Les droits de ces jeunes devront être assurés conformément aux lois, car la jeunesse représente notre futur prometteur.
Il est de même indispensable d’adopter une politique de réforme éducative relative à nos écoles et à nos universités pour rendre leur rôle distingué dans la région.
Débordée d’espoir, la diaspora libanaise aspire à ce que la Mère Patrie se redresse de nouveau ; il est impératif alors de reconnaître les droits des émigrés et procéder aux mesures qui renforcent leur attachement au pays ainsi que leur adhésion à la patrie. Nous devrons tout de même avoir recours à leurs compétences et s’en servir pour qu’ils ne se sentent pas dépaysés ; ils ont droit à la nationalité libanaise autant que ceux qui l’ont acquise sans légitimité.
Sortir de l’état de récession et activer le cycle économique requièrent la présence d’un état de stabilité sécuritaire et politique ainsi que le patronage de l’Etat afin d’encourager et d’activer l’ opération de la production compétitive. Les plans visant à attirer les investissements et leur assurer un terrain fertile aboutissent à la lutte contre le chômage et l’émigration. C’est alors que nous devrons prendre soin de notre économie productive, au niveau de l’industrie, de l’agriculture et des services, tout en diffusant la culture de l’environnement et en mettant en relief les aspects touristiques de ce pays.
Le développement équilibré représente un des piliers fondamentaux de l’unité de l’Etat et de la stabilité du régime. Nous considérons que l’application de la décentralisation administrative élargie constitue un facteur important pour ce développement et réalise la réforme au niveau de l’inégalité sociale, économique et culturelle entre les régions libanaises. C’est alors qu’il est impératif d’accorder une importance majeure au retour des déplacés afin de clore ce sujet définitivement.
Messieurs,
Notre engagement aux chartes de l’Organisation des Nations Unies et à ses résolutions est dû à notre conviction solide envers la légitimité internationale émanant des principes de droit et de la justice. Par conséquent, nous confirmons notre contribution à l’établissement du Tribunal International concernant l’assassinat du président martyr Rafic Hariri et ses compagnons ainsi que tous les attentats qui l’ont suivi afin que la justice soit rendue.
L’évolution de la Résistance constituait un besoin vu l’impotence de l’Etat ; sa continuité fut grâce au ralliement du peuple, de l’Etat et de l’armée. Le succès de la Résistance à vaincre l’ occupant israélien est dû à la bravoure de ses hommes et à la grandeur de ses martyrs. Or les Hameaux de Chebaa qui sont toujours occupés et l’ennemi qui poursuit ses menaces et continue de violer notre souveraineté, nous poussent à élaborer une stratégie défensive préservant la patrie, en concomitance avec un dialogue calme, afin de bénéficier des capacités de la Résistance pour mieux servir cette stratégie. Par conséquent, il ne faut pas user des accomplissements de la Résistance dans les conflits intérieurs, c’est alors que ses valeurs et sa position nationale seront préservées. Ce jour coïncide avec la commémoration nationale de la Libération et de la victoire. Espérons que cette occasion nous rende plus conscients vis-à-vis des dangers qui nous menacent, pour renouveler notre attachement à la Liberté et à la Démocratie au nom desquelles nous avons offert tant de sacrifices afin de préserver la nation.
Dans ce domaine, s’inscrit l’action persévérante pour libérer les détenus et les prisonniers, dévoiler le destin des disparus et accueillir de nouveau nos fils qui ont cherché refuge en Israël ; la patrie enlace tous ses fils.
Le Liban a tant tenu à renforcer ses liens avec ses frères arabes, c’est alors que nous aspirons à des relations de fraternité entre le Liban et la Syrie, dans le cadre du respect mutuel de la souveraineté et des frontières de chaque pays, ainsi qu’à l’établissement de relations diplomatiques qui serviront les intérêts des deux pays.
L’important c’est la bonne marche des relations d’égal à égal qui seront dépourvues de toutes les imperfections passées. Nous devrons alors tirer des leçons du passé pour éviter tout problème et assurer les intérêts, la prospérité et la sécurité des deux pays frères.
Messieurs,
L’Etat ne pourra se montrer tolérant envers n’importe quel acte déstabilisant la sécurité, et n’acceptera en aucun cas que certains soient utilisés dans le but de nourrir le terrorisme, ni de prendre la cause palestinienne sacrée comme prétexte pour l’armement afin de déstabiliser le pays, fait qui a eu lieu il y a un an, quand l’armée libanaise fut attaquée. Oeuvrons ensemble à traiter les répercussions de ces actes, en remédiant les blessures et en lançant la reconstruction. La douleur nous a envahis, attachons-nous alors à l’espoir. Le fusil sera pointé uniquement contre l’ennemi et nous n’ accepterons jamais qu’il ait une autre direction. Notre refus catégorique de l’implantation ne veut pas dire que nous refusons d’accueillir les frères palestiniens et prendre soin de leurs droits humanitaires, mais ce fait doit constituer une base pour leur droit au retour jusqu'à l’établissement de l’Etat palestinien viable. Le Liban insiste par la suite sur l’initiative arabe, lancée à Beyrouth en 2002.
Les forces armées, et à leur tête l’armée libanaise, ont gagné la confiance du peuple libanais lors des dernières années, pour avoir réalisé des accomplissements importants et historiques, allant de la préservation de la Démocratie et de la paix civile, jusqu’au déploiement dans le cher Sud après une absence de plus de trois décennies, pour arriver à l’affrontement de l’ennemi et du terrorisme. Le prix fut très cher ; ses fils, les meilleurs furent tombés martyrs.
Or les derniers incidents sécuritaires ont engendré une impression que les forces armées n’ont pas assumé leur rôle complet et requis. Préserver alors, un minimum d’entente et assurer par la suite la couverture politique requise, contribueront à éviter de tels incidents dans le futur. De plus, il est essentiel de renforcer la morale de ces forces, au niveau national, et d’équiper ces troupes et encourager les jeunes éduqués et prometteurs à y adhérer.
Chers Libanaises et Libanais,
En cette occasion, je voudrai exprimer mes remerciements à la Ligue arabe, et à son secrétaire général, pour avoir accordé une grande importance à la crise qui a dévasté le pays, et déployé des efforts fructueux pour élaborer la solution adéquate. Au nom des Libanais, j’aimerai bien exprimer une gratitude profonde à l’Etat de Qatar, à son Altesse le Prince, à son Premier Ministre et au comité ministériel arabe pour leur effort sincère, ainsi que pour leur engagement national pour avoir lancé et accueilli le dialogue national qui grâce à eux, a reconnu un succès, et a été couronné par l'accord de Doha.
Nos remerciements les plus profonds, aux Etats frères et amis qui ont aidé la nation à surmonter la crise, ainsi qu’aux Etats participants à la FINUL, déployée au Sud, en application de la résolution 1701, et pour la performance distinguée de ces forces, en complémentarité avec l’armée libanaise pour préserver la sécurité. Nous devrons signaler par la suite l’importance accordée par la FINUL à l’aspect social et au développement dans les régions où elle est déployée et dont les habitants sont satisfaits.
Chers Libanaises et Libanais,
Beaucoup de travail nous attend, mon présent serment est un engagement de ma part, tout comme votre volonté est un engagement aussi. Evitons de nous noyer dans les promesses, et faisons une approche de la réalité et ses différents domaines, dans le cadre de nos capacités, et profitons du soutien des frères et amis pour surmonter les difficultés. Soyons unis et solidaires et cheminons ensemble vers une réconciliation inébranlable afin de semer l’espoir en nos fils, de lancer des initiatives pionnières, créatives et courageuses, et d’oeuvrer à la création d’un Etat civil, capable, basé sur le respect des libertés publiques, religieuses et d’expression. Notre unité nationale nous a coûté cher, préservons-la ensemble, main dans la main, Dieu est avec la collectivité.
Vive le Liban
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